L’itinérance – pas pour moi!

L’itinérance – pas pour moi!

L’apparition du printemps entraine l’éclosion de bien des choses : les bourgeons, les terrasses, les amuseurs publics et, bien évidemment, ce dégel entraîne une présence plus accrue des itinérants dans les grandes villes. Chaque individu possède un avis bien distinct au sujet de l’itinérance. Plusieurs croient que ces personnes se sont retrouvées dans cette situation par choix, que ce sont des paresseux, des profiteurs, d’autres tentent de les comprendre et de les aider et certains les ignorent tout simplement parce qu’elles heurtent l’image distordue qu’ils ont d’une vie sociale adéquate.

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« Avez-vous un peu de monnaie s’il-vous-plait? »

« Non! »

« Pourquoi j’lui donnerais de l’argent? Il l’utilisera sans doute pour s’acheter de la drogue ou de l’alcool de toute façon. »

 

Ne me dites pas que vous n’avez jamais entendu ces paroles sortir de la bouche d’un ami, d’un collègue ou d’un membre de votre famille! Malheureusement, nous avons droit à ce genre de réflexions continuellement dans nos cercles sociaux et ils provoquent l’approbation de certains, mais attisent la colère de plusieurs autres.

Un des grands inconvénients de l’environnement urbain est qu’il dénature le sens profond de la vie humaine. Aller porter les enfants à la garderie, attraper le métro, arriver à l’heure au boulot, ne pas oublier d’aller acheter du lait, faire le souper, coucher les enfants, louer le chalet pour le mois prochain, s’occuper de son couple… L’itinérance, pas le temps! Pas le temps ou pas concerné? Croyez-vous être à l’abri de l’itinérance? Dans un monde où l’individualisme règne et que l’exclusion sociale est devenue monnaie courante, tout le monde peut carrément se retrouver à la rue. Vous êtes entièrement intégré au système social, tant mieux! Mais ne tenez pas cette intégration pour acquise.

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Prenons le cas de Marie [1] :

Marie, détentrice d’un Doctorat en histoire de l’art, enseignante à l’Université de Montréal, mère de deux enfants et mariée depuis plus de dix ans. Marie possède une maison, une voiture, une bonne santé, un emploi qui la passionne, etc.

Selon notre représentation d’une vie réussie, Marie a une note parfaite et il nous serait difficile d’imaginer qu’elle pourrait un jour se retrouver sans abris.

Du jour au lendemain, Marie perd son mari et ses deux enfants dans un accident de voiture. S’ensuit une grosse dépression, des idées suicidaires, la mort de l’âme…

N’étant point capable de se remettre de ce drame, Marie ne peut retourner travailler et s’isole complètement. Orpheline, fille unique, elle se retrouve seule devant la fatalité de sa situation. Ne demandant pas d’aide professionnelle pour ses nouveaux problèmes, il ne lui reste que son désespoir. Ayant tout perdu, incluant sa santé mentale, elle se retrouve sans le sou et complètement dépourvue.

Marie est à la rue!

photo 6 avec crédit photo

 

photo 7 avec crédit photo

Penser que les itinérants ne sont pas « à plaindre » dans notre pays parce qu’il y a de l’emploi et des services sociaux est plutôt étroit comme vision. La problématique de l’itinérance est complexe, on ne peut pas la réduire au simple fait de trouver ou non du travail et d’avoir un logis et des biens matériels. C’est un ensemble de facteurs sociaux, environnementaux et personnels qui déterminent cette situation.

On dit qu’on ne sait pas ce que la vie nous réserve, c’est tellement vrai! Alors pourquoi juger des individus qui éprouvent déjà d’aussi grandes difficultés? Vous ne savez pas ce que la vie vous réserve vous non plus…

Peut-être que l’itinérant au coin de la rue qui vient de subir vos moqueries et votre indignation vous sauvera la vie en vous faisant cracher l’arachide qui bloque votre trachée. Vous n’auriez pas dû rire de lui en mangeant des « peanuts », c’est dangereux!

Vous défendrez probablement votre point de vue en expliquant que vous aussi vous avez eu des coups durs et des épreuves dans la vie et que vous vous en êtes tirés. Génial! Tant mieux! Je suis contente pour vous… Mais cela ne vous donne pas le droit de juger de la capacité des autres à y arriver.

Vous connaissez la RÉSILIENCE?

La résilience, c’est la faculté à affronter un stress intense et à s’y adapter. Personne ne possède le même degré de résilience. Personne ne décide du niveau de sa capacité non plus…

Oui mais…

« S’ils ne se droguaient pas autant, ils réussiraient sûrement à se sortir de la rue! »

Et vous, si la vie vous malmenait au point où vous perdiez le goût de vivre, vous ne croyez pas que vous pourriez vous tourner vers la drogue ou vers n’importe quelle autre substance afin d’apaiser vos souffrances le temps d’une Puff? Vous ne croyez pas que les gens qui se battent avec des dépendances affligeantes méritent notre compassion, notre compréhension et notre amour plutôt que notre haine et notre jugement?

Pensez-y bien…

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photo 5 avec crédit photo

 

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